Circulaire Santé mentale 2026 : détecter la souffrance psychique des élèves est une priorité. Mais après ?

Par Christine Zeppenfeld – Ancienne proviseure adjointe, thérapeute systémicienne® agréée À 180 Degrés – Chagrin Scolaire

Lorsque j’ai découvert la nouvelle circulaire du 29 juin 2026 sur l’amélioration de l’orientation et de la prise en charge des élèves présentant des signes de souffrance psychique, je me suis dit : enfin !

Après plus de vingt ans passés dans l’Éducation nationale, dont de nombreuses années comme proviseure adjointe, je ne peux que me réjouir que la santé mentale et le bien-être des élèves soient désormais considérés comme une priorité.

La circulaire, publiée au Bulletin officiel n°27 du 2 juillet 2026, renforce la prévention, le repérage, l’accompagnement et l’orientation des élèves en souffrance psychique. Elle prévoit notamment la mise en place d’un protocole santé mentale dans chaque établissement et une meilleure coordination entre l’Éducation nationale et les professionnels de santé.

C’est une avancée majeure.

En la lisant avec mes deux paires de lunettes (celles de l’ancienne proviseure adjointe et celles de la thérapeute systémicienne que je suis devenue), une question s’est immédiatement imposée à moi :

Une fois que nous avons détecté qu’un jeune va mal… que faisons-nous ?

Santé mentale des élèves : détecter est indispensable. Mais détecter n’est pas encore agir

Pendant longtemps, nous avons sans doute insuffisamment repéré la souffrance psychique des jeunes.

Aujourd’hui, nous apprenons à mieux la détecter.

Et tant mieux.

Détecter n’est pas encore accompagner.

Accompagner ne signifie pas nécessairement médicaliser.

Encore moins psychiatriser trop rapidement.

Je mesure mes mots, car la nuance est essentielle.

La psychiatrie est indispensable lorsqu’un jeune présente un trouble psychiatrique nécessitant une prise en charge médicale. Il n’est évidemment pas question de remettre cela en cause.

Toutes les souffrances psychiques ne sont pas des maladies psychiatriques.

C’est d’ailleurs ce que rappelle le ministère lui-même en distinguant la santé mentale positive, la détresse psychologique réactionnelle à une situation éprouvante, dont les symptômes peuvent être transitoires, et les troubles psychiatriques relevant d’une prise en charge médicale.

Entre « tout va bien » et « ce jeune souffre d’un trouble psychiatrique », il existe donc un immense territoire.

Et c’est précisément dans ce territoire que nous pouvons agir.

Un adolescent peut aller très mal sans être « malade »

Un adolescent peut développer une anxiété importante parce qu’il est harcelé, ou qu’il vit une situation relationnelle difficile (avec ses parents, ses amis, ses profs, etc.), ou parce qu’il a progressivement perdu confiance en lui, ou que chaque matin, aller au collège ou au lycée est devenu une épreuve.

Parce qu’il ne dort plus ou mal, qu’il vérifie dix fois son sac, son téléphone ou son réveil.

Parce qu’il évite progressivement tout ce qui lui fait peur ou qu’il devient difficile de trouver sa place dans sa famille ou dans son groupe de pairs.

Parce que parfois, il ne sait tout simplement plus comment demander de l’aide alors que sa souffrance est réelle et mérite d’être entendue et prise au sérieux.

Lorsqu’un adolescent souffre, cela nous invite à nous poser une autre question :

Que pouvons-nous changer pour éviter que sa souffrance ne s’installe ?

De proviseure adjointe à thérapeute systémicienne : une question a changé mon regard

Pendant plus de vingt ans dans l’Éducation nationale, j’ai participé à des centaines de réunions autour d’élèves en difficulté.

J’ai connu les réunions interminables des équipes éducatives, des réunions de crise, des PPS, des recherches de solutions.

J’ai appelé des centaines de parents et des centaines de parents m’ont appelée.

J’ai connu beaucoup de situations de harcèlement, couru après des élèves qui ne venaient progressivement plus en cours. J’ai rassuré des enseignants qui s’inquiétaient, aidé des CPE qui cherchaient des solutions, etc.

Les chefs d’établissement doivent : protéger l’élève, accompagner la famille, soutenir les personnels, coordonner les professionnels et parfois décider dans l’urgence sans y être réellement formés, sans avoir la moindre idée de ce que signifie la souffrance pour les élèves.

Puis je suis devenue thérapeute systémicienne, et j’ai découvert un modèle puissant qui a profondément modifié mon regard, ma façon de penser et d’agir.

Au lieu de chercher : « Pourquoi ce jeune va-t-il mal ? »

l’approche systémique nous invite aussi à demander :

« Qu’est-ce qui, dans les interactions autour de lui, contribue aujourd’hui au maintien de sa souffrance ? »

Attention : il ne s’agit surtout pas de chercher un coupable.

Bien au contraire.

Il s’agit de l’aider à retrouver du pouvoir d’agir sur la situation.

Quand vouloir aider entretient parfois le problème

Lorsqu’un jeune souffre, chacun essaie naturellement de l’aider.

Les parents rassurent, obligent, les enseignants adaptent, les professionnels expliquent, justifient… Tout le monde essaie de s’adapter pour résoudre le problème (PPS, PAI, PAP, etc.), on aménage, on crée des emplois du temps sur mesure… Souvent le résultat est minime, voire nul.

Le jeune continue d’éviter ce qui lui fait peur. Donc, plus il a peur… plus il évite.

Tout cela part d’une excellente intention.

Souvent, il arrive que ces réponses bienveillantes entretiennent involontairement le problème qu’elles cherchent à résoudre.

Grâce à notre regard systémique, nous savons que ce sont souvent les interactions qui se sont mises en place pour aider le jeune qui contribuent à maintenir un problème. Modifier ces interactions peut permettre de commencer à faire bouger les lignes.

Nous ne pouvons pas modifier ce qui est arrivé à un jeune, en revanche, nous pouvons l’aider à agir sur ce qui se passe aujourd’hui pour lui.

Refus scolaire anxieux : un exemple très concret

Prenons un jeune qui commence à avoir peur d’aller au collège.

Au début, ses parents le rassurent. Il est conduit au collège. Puis le lendemain, l’angoisse revient.

Les parents rassurent davantage. Un matin il n’y va pas. Le lendemain il manque une journée. Très rapidement un nombre d’heures impressionnant d’absences est constaté. Les parents paniquent, le médecin demande un aménagement. L’école aménage l’emploi du temps, l’allège.

In fine, l’objectif est qu’il évite certaines situations pour qu’il se sente mieux. Quelque part, en voulant bien faire, nous avons nourri le problème.

L’évitement fonctionne merveilleusement bien… à court terme.

La peur peut baisser légèrement. Cependant une peur que l’on fuit nous poursuit et gagne du terrain.

Les jours suivants, retourner à l’école devient encore un peu plus difficile.

Personne n’a mal fait.

Les parents ont voulu protéger leur enfant.

L’établissement a voulu l’aider.

Le jeune a voulu faire baisser sa peur mais cela n’a pas fonctionné.

En voulant aider, chacun est devenu malgré lui acteur de la boucle interactionnelle de la peur de l’adolescent. La thérapie brève systémique et stratégique aide à l’observer et propose de faire autrement.

Les infirmières de l’Éducation nationale : une place essentielle dans le repérage

Il y a dans cette nouvelle politique de santé mentale à l’École des professionnelles que je souhaite particulièrement mettre en lumière : les infirmières de l’Éducation nationale.

Elles occupent une place absolument singulière. J’ai eu le bonheur de travailler avec des perles.

L’infirmerie est parfois le seul endroit de l’établissement où un adolescent accepte de déposer son corps qui souffre sur la chaise en face de l’infirmière.

Un mal de ventre.

Un mal de tête.

Une fatigue.

Une crise d’angoisse.

Parfois, derrière les symptômes, quelques mots ouvrent la brèche de la souffrance profonde.

Si les infirmières sont une pierre angulaire du repérage précoce et que leur expertise doit être pleinement intégrée au pilotage des réponses apportées dans les établissements (cf. la circulaire), encore faudrait-il leur donner les moyens ! Elles sont souvent partagées entre plusieurs établissements et pendant ce temps-là CPE et chefs d’établissement tentent de faire de leur mieux.

Les chefs d’établissement ont, eux aussi, un rôle déterminant

Je connais également l’autre côté du bureau.

Celui du chef d’établissement.

Lorsqu’un élève va mal, il faut parfois coordonner dans un temps extrêmement court la famille, l’infirmière, le CPE, le PsyEN, les enseignants, le médecin, les partenaires extérieurs…

Tout en respectant la confidentialité et la place de chacun.

La nouvelle circulaire impose que chaque établissement dispose désormais d’un protocole santé mentale définissant notamment les rôles, le circuit de communication avec les familles et les modalités de prise en charge.

Cela m’a fait beaucoup rire car chaque cas est unique, et pour en avoir traité beaucoup, aucun ne se ressemble. J’ai eu la chance de me former sur mon temps et mes deniers personnels pour mieux comprendre les enjeux des situations de souffrance adolescente. Ce que je peux dire c’es que peu de personnels de l’Éducation nationale ont cette chance. Celle d’aiguiser un autre regard sur la souffrance et de s’outiller pour aider vraiment les jeunes et leurs parents.

Il semble donc indispensable de donner à chaque équipe des outils de décryptage interactionnel, car c’est la clef de la réussite des dispositifs.

Et si nous formions les adultes à regarder autrement ?

Je me prends à rêver à un monde dans lequel les professionnels qui entourent les jeunes seraient vraiment formés au repérage et à l’action efficace. Il ne s’agit pas de transformer les chefs d’établissement, les infirmières scolaires, les CPE ou les enseignants en thérapeutes mais de leur permettre de repérer certains mécanismes interactionnels, et de les former à aider les jeunes et leurs familles à sortir des cercles vicieux dans lesquels ils sont pris.

La thérapie systémique : intervenir avant que la difficulté ne se chronicise

Quelques notions de systémie pourraient, à mon sens, être d’un grand secours. Des ateliers d’échanges de pratiques permettraient, sous le regard d’un systémicien aguerri, de déplacer le regard, de prendre de la hauteur et surtout de bien vérifier l’objectif et prendre en charge celui qui souffre le plus.

Cela ne remplace ni le médecin, ni le psychiatre, ni le psychologue, ni les personnels de santé de l’Éducation nationale mais apporterait une autre lecture.

Faire différemment : plutôt que de rechercher longuement l’origine du problème, comprendre comment il fonctionne aujourd’hui.

Qui fait quoi ?

En réponse à quoi ?

Avec quel effet ?

Et que faudrait-il modifier pour que le système retrouve du mouvement ?

Dans certaines situations, intervenir avec ces outils permettrait d’éviter qu’une difficulté relationnelle ou anxieuse ne se rigidifie.

Lorsque la situation relève effectivement d’une prise en charge médicale ou psychiatrique, l’approche systémique peut naturellement intervenir en complément.

Ce n’est donc pas psychiatrie ou systémie.

Il n’y a pas de bonne réponse, il y a parfois une opportunité de faire différemment.

De la culture du repérage à une culture de l’interaction

La circulaire du 29 juin 2026 constitue une avancée importante. Cependant, elle semble utopiste en l’espèce.

Elle rappelle que l’École joue un rôle majeur dans la prévention, le repérage, l’accompagnement et l’orientation des élèves en souffrance psychique. Elle oublie peut-être que proposer toujours la même chose produit généralement le même résultat.

Mon regard de thérapeute systémicienne, en contact quotidien avec des jeunes en mal-être profond, en décrochage scolaire, avec des parents débordés et inquiets, des enseignants qui se sentent impuissants, me fait rêver que chacun puisse trouver un espace qui l’aide à se sentir utile pour réellement aider chaque jeune qui souffre.

Je rêve que l’institution arrête de produire des circulaires qui, si elles ont un objectif altruiste, sont tellement décalées de la réalité du terrain qu’il sera impossible d’en avoir une application efficace.

Conférences, ateliers et formations : donner des outils concrets aux équipes et aux familles

C’est dans cette logique que j’interviens aujourd’hui auprès des établissements scolaires, équipes éducatives, collectivités, associations de parents et familles, sous forme de conférences, d’ateliers et de formations.

Parmi les thèmes que j’aborde :

  • Santé mentale des élèves : détecter… et savoir comment agir ;
  • Harcèlement scolaire : comprendre les interactions pour aider le jeune à retrouver du pouvoir d’agir ;
  • Refus scolaire anxieux : sortir du cercle peur, évitement, protection ;
  • TDAH, HPI, TSA, DYS : adapter sans pathologiser ;
  • Parents et adolescents : sortir des cercles vicieux relationnels ;
  • Professionnels de l’éducation : retrouver des marges de manœuvre face aux situations qui semblent bloquées.

L’objectif est de permettre aux professionnels et aux familles de regarder autrement une situation pour pouvoir agir autrement.

À propos de l’auteure

Christine Zeppenfeld est ancienne proviseure adjointe et thérapeute systémicienne®, titre reconnu et protégé par le SYPRES (Syndicat des Praticiens en Systémie), reposant notamment sur des exigences de formation, d’expérience professionnelle et de supervision.

Elle est également thérapeute et intervenante agréée À 180 Degrés – Chagrin Scolaire, spécialisée dans l’approche de Palo Alto appliquée notamment aux souffrances scolaires, au harcèlement et aux difficultés relationnelles des enfants et adolescents.

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Vous êtes chef d’établissement, infirmier ou infirmière de l’Éducation nationale, CPE, PsyEN, enseignant, responsable de collectivité ou association de parents ?

Je peux intervenir auprès de votre établissement ou de votre structure pour construire une conférence, un atelier ou une formation adaptée à vos problématiques.

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Et si cet article peut être utile à une équipe éducative, une infirmière scolaire, un chef d’établissement ou une famille, n’hésitez pas à le partager.

Santé mentale des élèves et souffrance psychique à l'école

Christine Zeppenfeld