La démotivation chez les adolescents est aujourd’hui l’un des motifs de consultation les plus fréquents en thérapie brève.

Ils n’ont “plus envie”, sont fatigués sans raison apparente et peinent à passer à l’action.

De plus en plus d’adolescents et de jeunes adultes arrivent en thérapie brève dans cet état d’émoussement discret, sans crise visible, dans un état que, eux comme leurs parents, trouvent inquiétant.

En toile de fond, un acteur omniprésent : le smartphone.

Dans la vie des jeunes, évidemment…
Mais aussi dans celle de leurs parents.

À partir des travaux de Grégoire Borst et de mon expérience clinique en thérapie brève systémique, cet article propose un éclairage sans moralisation sur la démotivation chronique des adolescents, et interroge le rôle — souvent involontaire — que jouent les écrans dans la relation parent-ado.

Comprendre la démotivation adolescente sans juger

La lecture de Faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes ?, dirigé par Grégoire Borst, apporte un cadre particulièrement précieux.

Son approche est claire :

  • sortir du débat moral (« c’est bien / c’est mal »)
  • pour comprendre les mécanismes neurocognitifs à l’œuvre.

Trois points sont essentiels pour comprendre la démotivation chronique chez les adolescents.

1. L’attention : une ressource limitée… et très convoitée

Le cerveau adolescent est en pleine maturation, notamment dans les zones impliquées dans :

  • l’attention soutenue,
  • l’inhibition,
  • la planification.

Or les réseaux sociaux sont conçus pour capter l’attention via des récompenses rapides, fréquentes et imprévisibles.

Résultat : l’attention se fragmente.

Ce que cela produit concrètement

Au lycée, à l’université, à la maison, dans la vie quotidienne :

  • démarrer une tâche devient plus coûteux,
  • l’effort paraît démesuré,
  • la motivation chute, sans que le jeune puisse vraiment l’expliquer.

Ce n’est pas un défaut de volonté.
C’est une fatigue attentionnelle.

2. Quand le cerveau compare les systèmes de récompense

Les contenus numériques offrent :

  • de l’immédiateté,
  • du lien social,
  • de la nouveauté constante.

Face à cela, l’école, les devoirs, les projets ou les engagements à long terme deviennent émotionnellement moins rentables.

Le cerveau ne juge pas.
Il optimise.

Et il choisit souvent ce qui coûte le moins… surtout quand il est déjà fatigué.

3. Le sommeil, grand oublié de la motivation

Les travaux de Grégoire Borst insistent sur un point fondamental : le manque de sommeil altère directement :

  • la régulation émotionnelle,
  • l’attention,
  • la capacité d’engagement.

Or l’usage tardif des écrans :

  • retarde l’endormissement,
  • fragilise les rythmes biologiques.

Beaucoup d’adolescents dits « démotivés » sont avant tout épuisés.

Un adolescent fatigué n’est pas un adolescent de mauvaise volonté.
C’est un adolescent fatigué.

Ce que montre la clinique en thérapie brève

En thérapie brève systémique, la question n’est pas :

« Qui est responsable ? »

Mais plutôt :

« Qu’est-ce qui entretient le problème aujourd’hui ? »

Une boucle relationnelle fréquente

Dans de nombreuses familles, on observe une dynamique récurrente :

  1. L’adolescent se replie ou se démotive
  2. Les parents s’inquiètent, rappellent, contrôlent (souvent via le smartphone)
  3. L’adolescent se sent surveillé et se ferme davantage
  4. La tension monte
  5. Le téléphone devient un refuge (compagnie, anesthésie, évitement)
  6. Sommeil et attention se dégradent
  7. La démotivation s’installe

Le smartphone n’est pas la cause unique.

Il devient souvent le meilleur régulateur disponible dans un système relationnel sous tension.

Et les parents dans tout ça ?

(Un regard lucide… et un peu taquin)

La majorité des parents que je rencontre sont présents, concernés et sincèrement désireux de bien faire.

Et pourtant… eux aussi sont très connectés.

Quand on creuse, les raisons invoquées sont souvent les mêmes — et parfaitement compréhensibles :

  • « C’est pour le travail » (mails tardifs, WhatsApp pro, Teams, Slack…)
  • « Je me détends » (cinq minutes Instagram devenues vingt-cinq)
  • « Je m’informe » (actualités en continu, notifications)
  • « Je veux savoir où il / elle est » (localisation activée, messages répétés)
  • « C’est plus simple comme ça » (un message plutôt qu’une conversation)

Peu à peu, le smartphone devient :

  • un outil de rassurance parentale,
  • le lien principal,
  • parfois même le substitut de la relation.

Le paradoxe relationnel

Le téléphone est souvent :

  • l’objet reproché à l’adolescent,
  • tout en étant l’outil privilégié pour rester en lien avec lui.

Autrement dit, on demande parfois à l’adolescent de lâcher son écran…
Tout en lui parlant à travers un écran.

Du point de vue systémique, ce n’est ni absurde ni incohérent.
C’est humain.

Mais cela entretient une distance relationnelle, là où l’adolescent aurait surtout besoin de présence incarnée, même imparfaite.

Des ajustements simples, réalistes et efficaces

L’objectif n’est pas de supprimer les écrans, mais de rendre à nouveau compétitives les interactions réelles.

Quelques leviers souvent très efficaces :

  • Instaurer des temps courts de présence pleine : 10 minutes quotidiennes, sans écran, sans question scolaire, sans conseil déguisé
  • Créer des zones sans smartphone partagées : repas, soirée, chambre la nuit… adultes inclus
  • Favoriser les échanges côte à côte : marche, activité commune, souvent plus sécurisant que le face-à-face
  • Montrer l’exemple avant d’imposer la règle : un micro-changement parental visible vaut mieux qu’un long discours
  • Limiter l’usage du téléphone comme outil de contrôle, qui renforce l’évitement plus qu’il ne sécurise

En thérapie brève, il ne s’agit pas de retirer brutalement l’objet, mais de faire autrement et d’observer ce qui change.

Pour conclure

Comprendre la démotivation chez les adolescents permet souvent de sortir d’une lecture culpabilisante pour aller vers des ajustements relationnels concrets.

Les adolescents d’aujourd’hui ne manquent pas de capacités.
Ils évoluent dans un environnement qui rend l’attention, le sommeil et le lien plus difficiles à préserver.

Les travaux de Grégoire Borst nous aident à comprendre les mécanismes.
La thérapie brève, elle, agit sur le terrain : les interactions, les règles implicites, la qualité du lien.

Comme les homards, les adolescents ne changent pas sous la contrainte.
Ils muent lorsque l’environnement devient suffisamment sécurisant pour oser le faire.

Si votre adolescent semble démotivé, épuisé ou replié, la thérapie brève permet souvent de débloquer rapidement les boucles relationnelles qui entretiennent la situation, en travaillant à la fois avec le jeune et son environnement.

Un appel découverte de 30 minutes est offert pour en discuter.